La fête des mères

Mère et enfant - Pierre-Auguste Renoir - 1892
Mère et enfant – Pierre-Auguste Renoir – 1892

(em português: aqui)

Non, je n’aime pas ces dates festives. Je les trouve bêtes. Et si c’est histoire de recevoir  un cadeau, j’ai déjà eu le mien pour cette année, il est encore dans son emballage et il est valable pour Noel, pour mon anniversaire, pour la fête des mères et pour toutes les fêtes du monde. C’est énorme. Beaucoup mieux que ce commerce de dates qui t’oblige à déclarer ton amour un jour spécifique, d’une manière stéréotypée, risible, au travers de bricoles pour la maison ou pour la cuisine, de matériel électroménager… voici ce que le monde cliché conçoit comme traduction de la maternité. Notre amour est comme de la braise, d’accord, essaie de me faire cadeau d’un batteur, d’un mixeur et tu verras de quel bois je me chauffe…

Le souci c’est que la mère femme au foyer, la mère moderne (voici l’adjectif pour la mère qui travaille… quoi?) la mère sportive, la mère ceci, la mère cela… tout mène vers la conclusion que la femme se réalise en devenant mère. Et seulement en le devenant. Sinon, on ne voit pas des célébrations pour la fête de la mère qui travaille, la fête de la mère qui pratique des exercices, la fête de la mère intellectuelle, la fête de la mère artiste. La fête des mères, c’est une seule journée par an. Parce qu’on sait que tous les autres, pour l’immense majorité d’entre nous, restent très loin de cet artifice rose que nous donne l’illusion de cette date festive.

Bref, nous avons gagné seulement un jour de fête ainsi que l’équivalence entre femme et mère. Nous ne pouvons fêter que d’une seule manière. Nous avons un seul chemin à suivre. Une femme sans enfants serait une femme incomplète, malheureuse, amère, seule, sans grâce. Mais qu’est-ce que ça veut dire? Qu’un enfant complète une femme. Le pauvre, il est condamné, même avant sa naissance, à remplir tout ce qui manque  à cette autre personne si sympathique, douce et amoureuse. Il ne vient que commencer et il est déjà endetté. Et à mesure qu’elle te donne tout sans rien demander en retour, cela veut tout simplement dire que tu es déjà tellement piégé au point de devoir culpabiliser pour toute ton existence si tu n’arrives pas à être le fils parfait, amoureux et plein de gratitude qu’elle souhaite. En fin de compte, c’est le minimum que tu puisses faire, non? Figures-toi si jamais tu te rebelles, si tu n’aimes pas vivre collé, si tu ne veux pas être l’extension de l’autre, si tu souhaites l’indépendance? Aie, aie, aie…

Peut être qu’on peut comprendre qu’une chose mène à l’autre, que cette voracité et cette violence que les mères portent à l’égard de leurs enfants… que cet excès d’expectatives, que toutes ces demandes, que cette pression démesurée et sans critique puissent être les résultats d’une haine, d’un ressentiment, le résultat de la violence qu’elles ont subies à mesure qu’elles se sont senties obligées à suivre le bétail humain et à devenir mères. C’est comme une vengeance qui s’exerce sur l’autre pour tout ce qu’elle même aura éprouvé. Elle a été opprimée, elle opprime. Elle a été obligée, elle oblige. Elle a été demandée, elle demande. Et ainsi elle participe de la propagation et de la perpétuation de cette façon sans critique de vivre, où tout le monde est victime des circonstances et des obligations sociales sans que personne ne soit responsable de quoi que ce soit. Ne serait-ce mieux se poser la question de ce que nous souhaitons et de prendre le contrôle sur notre propre vie dans ses aspects qui nous appartiennent?

Pourquoi ne pas se poser la question: est-ce que je veux être mère? Qu’est-ce que je veux avec se souhait? Pourquoi ne pas se poser une question à propos de son désir et l’assumer? Pourquoi ne pas se responsabiliser par son choix, surtout dans une situation où il aura des conséquences pour une autre personne que soi-même?

Je lis pas mal sur l’humanisation de l’accouchement en ce moment. Surtout dans un pays comme le Brésil, où être mère a été totalement enfermé dans un acte médical et dans des conduites techniques qui enlèvent à la femme son rôle actif par rapport à la grossesse, à l’accouchement et même à la maternité, compte tenu que tout ça reste dans les mains d’un autre qui décide à sa place. La femme devenue objet, sans pouvoir de décision. Et pour remettre ça en question, ainsi que pour essayer de réassigner le rôle de sujet de cette femme face à sa grossesse et à son accouchement plusieurs voix se lèvent, dans et hors l’internet. Heureusement.

Mais j’aimerais penser qu’avec cette discussion de l’humanisation de la grossesse et de l’accouchement nous pourrions en reprendre une autre, celle d’une maternité humanisée, qui rendrait possible à la femme être le sujet de son choix de devenir ou ne pas devenir mère. Sans clichés, sans obligation, sans oppression ni violence vis-à-vis de ce que chacune veux inventer comme chemin pour sa vie. Être mère comme une possibilité entre autres, tout un univers de possibilités ouvertes et dignes d’être respectées. A fin qu’être mère puisse être un choix et pas le résultat d’un manque de projet de vie. Pour que la femme puisse être sujet avant même de tomber enceinte et d’accoucher. Et pour que les enfants ne subissent pas les conséquences de son manque d’option.

Bonne fête des mères pour celles qui ont désiré l’être. Bonne journée pour celles qui ont désiré d’autres choses. Mon plus profond respect et ma plus sincère admiration pour vous toutes.

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