Allaite…

          C’est la semaine mondiale de l’allaitement maternel. En France, les femmes ont un rapport vachement bizarre avec cette question et la plupart choisissent de ne pas allaiter, pour des raisons les plus diverses. C’est paradoxal comme dans un pays où l’accouchement “normal” – par voie basse – est la règle que l’acte d’allaiter, si naturel que celui d’accoucher, puisse paraître si extraordinaire, dans le sens de “hors de  l’ordinaire”. Il me semble qu’il existe là une posture analogue à celle que je constate vis-à-vis de la césarienne au Brésil: là où les brésiliennes déplorent l’accouchement par voie basse, les françaises rejettent l’allaitement. Et dans les deux cas, à partir d’un même argument: c’est une question de choix. Est-ce que c’est vraiment un choix?
          Allaiter, encore plus en France qu’au Brésil, semble ne pas être lié à la maternité. C’est un choix où les mythes à propos des seins déformés s’associent à un rejet vis-à-vis d’un acte considéré comme animal et même dégradant pour la femme. Pour ce qui est des seins déformés, c’est faux, en plus, car ce n’est pas l’allaitement qui peut déformer les seins, mais surtout la grossesse et ça, seulement si on ne prend pas bien soin pendant cette période. Quant à parler d’un acte animal ou dégradant … laissez-moi rire… ou pleurer, c’est selon. Pourtant, ces différentes idées font partie de la culture et se répandent, faisant croire à la majorité des femmes que donner le biberon c’est pareil qu’allaiter. Et que c’est la même chose pour le bébé. Encore une fois: c’est faux.
          Allaiter c’est tout simplement donner au nouveau né tout ce dont il a besoin, et le meilleur dont il a besoin. Donner le biberon c’est un substitut et, comme n’importe quel substitut, il ne sera jamais si bien adapté aux besoins du bébé. On a écrit déjà énormément la-dessus. Je laisserai quelques liens en fin du texte, mais pour l’instant je rappelle ce guide français, distribué gratuitement à toutes les femmes enceintes lors des cours à propos de l’allaitement et qui défini très bien les avantages de l’allaitement maternel.
          Bref, c’est d’après ces croyances et ces ignorances que, ici en France, la plupart des femmes se montrent plus intéressées, lors des cours de préparation à la naissance, pour se renseigner sur les marques de biberon et de lait en poudre. C’est triste. Et pourtant, on a des vraies campagnes pour l’allaitement maternel!
          A mon avis, allaiter fait partie de la maternité tout comme l’acte de concevoir, la gestation et l’accouchement. Ce sont des choses qui ne devraient amener à se poser des questions que seulement dans des cas où il y a un réel empêchement. Et bien sur que ça existe, des empêchements pour concevoir, pour avoir un bébé, pour accoucher, pour allaiter. Dans ces cas-là, c’est bien d’avoir le réconfort et l’aide que la technologie, la médecine et les sciences peuvent nous fournir. Mais ça, c’est l’exception. La gestation, l’accouchement, l’allaitement ne sont pas des choix, ou bien, ce sont des choix assumées tacitement au moment où on choisit d’avoir un enfant. Être mère amène ces conséquences et même quand il s’agit d’une adoption, il y a une expérience de gestation, d’attente, de faire place à un enfant pour les parents.
          Bref, avoir un enfant demande une grande dose de compromis et de dévotion. Ce n’est pas possible d’avoir un enfant et de maintenir la vie d’avant, sans que rien ne change. A mon avis, ce n’est pas ça avoir un enfant. C’est juste une position de suivre le flux, en faisant tout comme les autres, en ayant des enfants comme s’il s’agissait d’une obligation de vie… sans vraiment décider et assumer ce choix. Ou, bien pire que ça, c’est un acte de consommation: on achète une maison, on achète un chien, on voyage pendant les vacances, on a un enfant… tout est compris dans la même logique, tout a la même valeur. Malheureusement, ainsi, on perd la réelle dimension de cet acte et on oublie qu’il y a un autre qui subit les conséquences de notre “non-choix” d’avoir un enfant, un être humain qui n’est pas un objet là pour être consommé, mais quelqu’un qui a besoin de soins, de protection, d’amour et de tendresse. Quel est le sens d’avoir des enfants sans assumer aucun compromis avec cet autre qui est là et qui dépend de toi pour vivre et, encore plus, pour vivre avec joie, dignité et calme? Quel sens y a-t-il d’avoir des enfants sans assumer les conséquences, les changements et les implications de cet acte? Je ne comprends pas, sans pour autant jeter la pierre, cette énorme distorsion présente dans notre culture dans notre époque. Ou bien, je comprends qu’elle est liée, entre autre, à notre idéologie de consommation actuelle. Mais je ne peux pas pour autant la cautionner.
          Tout ça pour dire qu’allaiter fait partie du projet “avoir des enfants”. Et il me semble qu’au Brésil on en est beaucoup plus conscient qu’en France. Heureusement! Compte tenue de la quantité de fois où j’écris justement sur tout ce que la France peut apprendre au Brésil à propos de la grossesse et de la maternité, que les rôles s’inversent quand il s’agit de l’allaitement, c’est plutôt intéressant.
          Alors, et si tu allaitais ton bébé?

Um comentário sobre “Allaite…

Deixe um comentário

Preencha os seus dados abaixo ou clique em um ícone para log in:

Logotipo do WordPress.com

Você está comentando utilizando sua conta WordPress.com. Sair / Alterar )

Imagem do Twitter

Você está comentando utilizando sua conta Twitter. Sair / Alterar )

Foto do Facebook

Você está comentando utilizando sua conta Facebook. Sair / Alterar )

Foto do Google+

Você está comentando utilizando sua conta Google+. Sair / Alterar )

Conectando a %s