Le septième mois? Aie…

(versão brasileira)

Et on commence à se demander si ce n’est déjà assez. Parce que, oui, je sais que le dernier trimestre est extrêmement important pour que la petite gagne du poids, développe ses poumons et devienne belle, en bonne santé et toute prête à naître. Mas la question qui me tracasse c’est: où est-ce qu’il y aura de la place pour plus de bébé dans ce corps limité et pour encore deux mois? Le ventre a grandi dans tous les sens, les muscles semblent être dans leur extension maximale, tout semble aller dans la direction d’une explosion imminente. Tu sais, c’est comme dans ces jeux d’enfant où tu dois gonfler le ballon jusqu’à qu’il explose et il y a un moment où il te semble qu’il n’y a plus de place et le ballon gonfle, gonfle, et devient fin, très fin, presque transparent et… boum! Voilà… Et puisque dans cette quête pour avoir de la place chaque millimètre doit être optimisé, la petite a cru que c’était bien de loger ses petits jolis pieds sous mes cotes. Ce qui veut dire chatouiller mes cotes, donner des coups de doigts dans mes côtes, des étirements sous mes côtes, des coups de pieds dans mes côtes… au secours! Bref, moi qui n’avais jamais compris à quoi ça sert les côtes, maintenant j’ai pigé: elles sont le barreau d’exercice pour les bébés dans le ventre.

Et tous les organes qui se logeaient confortablement dans cet espace? Et ben, ma théorie c’est que maintenant ils s’accumulent tous dans l’espace entre mon sternum et ma gorge. L’estomac, par exemple, il est allé se loger dans ma gorge, j’en suis convaincue. Il suffit de manger quoi que ce soit d’infiniment petit telle qu’une cacahuète pour qu’il donne des signes de vie, là, dans ma gorge, où tout se bloque et reste pendant des heures, et des heures, et des heures… Et comment concilier la faim avec cette boule de ton estomac dont tu sais qu’elle va revenir tout simplement parce que maintenant il habite dans ta gorge avec tes amygdales, ton coeur, tes poumons, tes reins, ton pancréas, ton foie… Tous là coincés comme des sardines dans le bus de fin de journée.

Et la petite sous tes côtes. Et tu ne vois plus rien en dessous de ton ventre. Et tes pieds sont devenus des êtres distants comme des aliens, comme l’E.T avec qui tu as du mal à établir contact. « E.T. phone home ». Rentrez, rentrez à la maison mes petits pieds, venez vers maman car il y a des ongles qui doivent être coupées. Voilà, au delà de comprendre la véritable fonction des côtes, j’ai aussi renouvelé mon amour pour la manucure.

Heureusement que pendant le septième mois on s’amuse à ranger la chambre et les affaires du bébé, en jouant la décoratrice, l’architecte, le peintre, la « personal stylist », la femme de ménage. Cela doit être le moyen de tout avancer pour essayer d’anticiper le temps et pour croire que c’est pour bientôt. Le temps, ah, ce monsieur qui se dévoile dans toute sa complexité quand on est enceinte, passant si vite et si lentement qu’on devient fou. Einstein devait être une femme enceinte quand il a inventé la théorie de la relativité.

Et toute la curiosité? Son visage, c’est comment? Est-ce qu’elle a le nez de maman ou de papa? Et ses petites mains? Et ses petits pieds, ces gredins que je vais beaucoup mordiller après sa naissance, histoire de me venger du mal provoqué à mes côtes? Et ses cheveux? Est-ce qu’elle en aura beaucoup? Et ses yeux? Voici une demie heure de rêveries, de rêves et de tentatives d’anticiper le temps et de cerner le futur qui est jusque là, les pieds sous mes côtes et deux mois de plus. Ce futur qui a un prénom, un nom, une place, une chambre, un berceau, des vêtements, des couches, un ciseau pour couper les ongles, un aspirateur de nez… Et l’amour, un amour venu de partout et de tellement de monde qu’elle n’imagine même pas.

Reste un peu plus dans le ventre, bébé. Prenons soin de ce petit poumon pour que tu respires bien cet air frais d’ici dehors. Et, s’il te plait, ne gâche pas tout le travail que maman et papa ont eu en devenant une fille qui fume, ok? Aie…

Bouger, bouger encore et toujours…

(Em português: aqui.)

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Voilà qu’elle bouge, la petite plongeuse, la petite ballerine qui se déplace en pirouettes à travers mon ventre. Elle grandit et ses péripéties, depuis quelques semaines, sont devenues apparentes et indéniables. 

Au début ça ressemblait à des coliques, à des contractions ou même … à des gaz… Comment distinguer au milieu de tous les mouvements et bruits du corps ceux qui viennent du bébé? Et qui garantit que c’est bien lui? Même en entendant mille fois par jour toutes ces histoires sur la maman qui sait, la maman qui sent, l’instinct maternel qui n’a jamais tort… qui le sait vraiment, qui peut être certain? Personne. Et tant mieux, car ça serait horrible si c’était vraie cette histoire que quelqu’un peut savoir plus sur un autre que lui même. Un truc à la George Orwell. Oui, celui de 1984, devenu le médiocre reality show nommé Big Brother. Quelle tristesse ne pas pouvoir être opaque, ne pas avoir une vie privée, ne pas avoir droit au secret… Enfin… 

George Orwell - 1984
George Orwell – 1984

Alors, le bébé qui bouge dans le ventre, c’est un pari. Une série de nouvelles sensations et le pari que, parmi elles, le voici ton bébé. Joli, taquin, flottant au chaud et confortable dans le liquide amniotique comme tout bon plongeur sait faire. Quelle merveille. 

Et paradoxe des paradoxes de tous les paradoxes de cette vie: qu’est-ce qu’il peut être important ce pari. J’ai déjà mentionné le psychanalyste anglais D.W. Winnicott, sa délicatesse et sa précision dans ses écrits sur le rapport mère-bébé, sujet dont il a été l’un des pionniers. En plus de nous rendre service en défendant une mère qui soit suffisante, et pas pleinement bonne, en insistant sur le fait qu’une mère parfaite n’existe pas et ne rends pas service à son enfant, il a beaucoup écrit sur ce rapport un peu délirant et pourtant si nécessaire qui s’établit entre la mère et son enfant, surtout au début de sa vie. C’est une sorte de symbiose dans laquelle la mère suppose qu’elle sait, qu’elle comprend, qu’elle perçoit ce dont le bébé a besoin. Et dans cette certitude folle, une sorte de pari, elle devine son bébé, elle nomme ce qu’il vit, ce qu’il souhaite, ce dont il a besoin. Ainsi, elle garantit les soins de son bébé lequel, entre les paris corrects et incorrects qu’elle prend, finit par avoir ses besoins satisfaits et ses angoisses momentanément apaisées. En plus, elle lui offre un important apprentissage: les intensités qui le traversent ont un nom, un contour et une solution – quoique incomplète et provisoire – et elles peuvent être prises en charge au travers de ce qui est offert au  bébé, de la compagnie, de la protection et de l’amour. Alors, comme  le perspicace Winnicott l’a compris, cette devination de la mère est extrêmement importante au début de la vie du bébé, dans ce moment où ‘il a peu de recours pour communiquer ses besoins ainsi que pour survivre seul par ses propres moyens. 

Mais… pour que ça ne devienne pas un délire, un vrai Big Brother ou de la paranoïa instituée, l’astuce c’est que la mère devine mais, aussi, elle a tort. Elle sait et elle ne sait pas. Elle sait car elle doit supposer quelque chose et agir quand son bébé pleure. Mais elle ne sait pas trop, elle doute, s’interroge, elle se rend juste compte que parfois ça marche. Et, de ce fait, le bébé participe lui aussi, il n’est pas tout simplement l’objet des savoirs de sa mère. Il signalise ce qui fonctionne ou pas pour lui. Et voilà un rapport qui se créé. Et dans un rapport, il faut être deux. Ou trois, dirait un autre psychanalyste, le français Lacan. Mais ça c’est une autre histoire.

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Revenons au bébé qui bouge dans le ventre.

Parmi toute autre chose ayant pu donner origine à ces mouvements – et le corps devient expert à donner signe de vie pendant la grossesse, car tout bouge, tout est douloureux, tout se met en place, tout se déplace – quelques uns sont ses mouvements, de cette fille ballerine bébé dans le ventre. Et je le sais par pari et par réponse. Car les mouvements confus et indistincts du début deviennent plus clairs au cours de temps. Dans certaines positions du corps, dans certaines heures du jour, pendant certaines activités. Le ventre se déforme en formes impossibles dès qu’une musique sonne à l’extérieur et la petite donne un coup de tête, de fesses, de genoux à l’intérieur, comme quelqu’un qui s’approche du son pour mieux l’entendre. Intéressée par ce monde, la petite curieuse doit être en train de découvrir pas mal de choses. Et ça sera comme ça, une quantité immense de découvertes, tous les jours, pendant longtemps. Jusqu’à qu’elle grandisse et qu’elle pense avoir tout vu et tout compris. Mais ça c’est aussi une autre histoire, qui n’est pas pour ce moment. Car il n’y a rien de plus touchant que de voir un enfant découvrir chaque chose bête du quotidien pour la première fois. 

Alors, j’imagine de l’extérieur que, là-dedans, elle découvre des choses aussi, quelques une d’ici, d’autres de là. J’imagine, je devine, je suppose, je parie. Je pose ma main sur le ventre et la petite boule qui s’en détache vient se reposer sous ma main. Ou bien une petite pointe, un genou, un coude, une main, un pied… qui sait? Je parie, elle …, elle me répond. Voici une chose qui se fait à deux, car je ne peux pas le savoir toute seule pour elle. Ainsi, elle répond de cette manière. Et je ne suis plus que joie.